J'ai servi des hommes qui n'avaient pour eux qu'eux même et croyaient pouvoir profiter d'un autre, mais ils n'ont jamais eu les commandes, ont préféré me délaisser et je les remercie.
Plus d'un mois maintenant, plus d'un mois que je suis seul, ne pouvant plus aimer personne. Ce n'est pas triste, juste plus calme, une forme de convalescence quand les plaies sont trop vives. J'abuse de certains alcools comme d'une arme blanche pour m'entailler les veines, mais je ne veux pourtant pas mourir. Je n'ai pas de chirurgie, n'ai que le repos pour me rétablir.
Je perds mon temps dans des séances américaines qui n'exigent rien de moi. Je retrouve le rythme de mon parcours silencieux. Je n'attends aucun bus, aucun train, encore moins le moindre avion. Je suis arrivé à bon port. Comme Lyon me semble si petite aujourd'hui. Des lieux ont fermé depuis et je sais que j'ai moins de choix, je n'en ai sans doute plus du tout. Peu importe, la volonté me quitte, elle reviendra.
On m'invite, comme un désir mal affamé, on me veut sans en avoir besoin. Je passe parmi les promesses comme un fantôme aveugle, sourd et muet. Je clame des poèmes qui ne veulent plus rien dire, mais c'est si beau que parfois j'en tremble et j'en pleure. Pas réellement brillant, mais comme le langage d'un ânge, c'est à l'intérieur. Certains y voient l'avenir possible quand j'y voit ma mort inévitable.
Mais qu'importe si le silence se fait, je sais déjà me taire ou ne dire que banalité sans grand intérêt. Je me préfère intelligent, tandis que je me sais obscure. Tout en moi me condamne et si tout s'amuse, au fond, plus rien ne rit. Il n'y a pas de drame, précisément, plus rien est grave. Je suis au sommet de ma damnation. Une sorte de catastrophe qui prendrait son temps. Pourquoi se presser après tout ?
Parfois me vient comme un élan qui voudrait que tout soit moins beau, mais plus libre. Parce que c'est fou, c'est carrément dingue cette vie ! On ne voit jamais assez ! La vie est pourtant si belle, si puissante. J'ai des yeux tout neufs, des crayons de couleurs pour les paysages et pour mon âme, un feutre noir. C'est un enfant qu'on guillotine et la mer qui ne dit plus rien. La marée basse a la nausée.
Je sais, je sais qu'il faut du temps. Je voudrais courir, quand je sais à peine marcher. I'm not the man I use to be. Je ne sais pas levé les bras, ce corps là n'est pas à moi. I'm not the man I use to be. Je n'ai pas peur, je ne suis pas triste, je n'ai pas de douleur, je ne suis pas perdu, j'ai juste jeté les clefs et traversé le fleuve, au bout du mois qui s'écoule, je m'endors sur une vérité trop forte. I'm not the man I used to be. Ne craignez rien, ce n'est pas un retard, c'est juste une absence, mais je vous le promets, je reviendrais...
Diocluciano Mota
"I'm not the man I used to be"
[Fine Young Cannibals]